Rencontre 13 — Patrycja Domanska

Polonaise basée à Vienne, Patrycja Domanska est une étoile montante du design. Elle réinterprète des pièces classiques de l’ameublement, en détournant astucieusement leur forme ou leur matériau au-delà des conventions. Un twist visible dans sa pièce « Dress a bulb » dont les déclinaisons créatives étaient exposées à la Vienna Design Week en avril dernier. Elle compte parmi les jeunes designers qui soufflent un vent de modernité sur la capitale Autrichienne, la transformant en une plateforme incontournable du design.

Polish born Patrycja Domanska is an up and coming product designer based in Austria. She reinterprets classical pieces of furniture, cleverly twisting its shape or its material out of conventions, such as her work around variations of « Dress a bulb » exhibited at Vienna’s Design week back in April. She is among one of the young designers blowing a strong wind of modernity on the Austrian capital, turning it into an essential design’s platform. 

 

Le design n’était pas un chemin tout tracé pour Patrycja qui découvre les arts appliqués de façon inattendue, en flânant à l’Université des Arts de Vienne. « Je dois admettre que j’ignorais jusqu’à l’existence de telles études, car en tant qu’enfant unique de parents qui n’ont jamais eu la chance d’étudier j’ai été confronté toute ma vie à l’idée d’apprendre un emploi traditionnel, comme interprète ou avocate. Néanmoins, ces portes ouvertes à l’Université des Arts a été un déclencheur et j’ai essayé d’y être admise ».
Et bien lui en a pris! Que ce soit lié à son histoire personnelle ou pas, Patrycja nourrit une fascination pour les nomades, leur mode de vie et l’indispensable flexibilité propre à leurs possessions et environnements. En citant les « Architecturas vases » d’Apparatu comme objet favori du moment (ndlr: nous aussi!), elle nous donne un bon indice de son attachement pour l’exploration des changements sociaux, qui incarnent l’approche créative consciencieuse de Partcyja. « Le nomade est un terme générique qui, à mon sens, raconte une histoire: structures, textiles, archétypes, modularité, en terme de liberté de décision d’interaction et d’usage d’un objet par l’homme qui se l’approprie à sa convenance. Quant au design produit, je crois qu’il joue un rôle essentiel de nos jours. D’une façon abstraite, nous sommes tous des nomades puisque nous avons la possibilité de déménager tout autour du globe. Ou simplement à l’intérieur d’une même ville, d’un appartement à un autre. Les produits que nous achetons doivent donc s’adapter à différents scénarios ».

Design wasn’t an obvious path for Patrycja who discovered applied arts a bit out of a blue, wandering at the Art University of Vienna. « I have to admit that before I didn't realize that these studies even exist and as the only child of parents who have never studied I have been confronted my whole life to learn a ‘proper’ job like interpreter or lawyer. Nevertheless this open day at the Art University triggered something in me and I tried to get in ».
And she did well. Shall it be related to her own story or not, Patrycja nurtures a fascination for nomads, their way of life and the vital flexibility that must inhabits their belongings. Quoting the « Architecturas vases » by Apparatu as one of her favorite design of the moment (editor’s note: so do we!) is a good clue of her attachment to the exploration of social changes that embodies Patycja’s attentive creative approach. « The nomad is an umbrella term for what I have a fable: structures, textiles, archetypes, modularity in terms of having a certain freedom in the decision of how to use an object or the different relationships that can be build between man and object.
When it comes to product design, I think that nowadays this plays an essential role. In an abstract way we all are nomads through the possibilities we have of moving around the world. Or even just through the same city into another apartment. So the products we buy have to work in different scenarios ».

En parlant de scénarios, elle évoque l’épopée créative de son projet universitaire « Edgy », débuté en 2007 en collaboration avec Tanja Lightfoot. « Au commencement, ‘Edgy’ était un module acoustique fait d’une unique feuille de carton pliée, réfléchissant et absorbant le son. Pour nous amuser, nous avons réutilisé la forme pour la transposer en porcelaine en 2011, et l’avons publiée sur des blogs de design. Des expositions et beaucoup de publications ont suivi. Enfin en 2014 nous avons été mises en contact avec KAZA Concrete, une compagnie spécialisée dans les modules muraux en 3D en béton. Donc 7 ans et 3 matériaux plus tard, le produit a enfin été fabriqué pour le marché. Ce qui est incroyable, c’est que la forme est toujours attractive ».

Speaking of scenarios, let’s talk about the journey of her project « Edgy », that began back in 2007 while she was still studying in cooperation wit Tanja Lightfoot. « At first it was an acoustic module folded out of one piece of cardboard. And out of fun we took the shape and started to pour it in porcelain in 2011 and published it on design blogs. Then some exhibitions followed and a lot of press. And in 2014 we got in contact with KAZA Concrete, a company specialized in wall shaping 3D tiles made out of concrete. So 7 years and 3 materials later finally the product worked out for the market. What is unbelievable for us, is that the shape is still attractive ».

S’efforçant à lier constamment forme et fonction, Patrycja excelle en smart design - qu’il s’agisse de questionner des contextes culturels, des technologies qui l’ont conduite au design de la lampe « Holo », ou de s’essayer à des concepts plus expérimentaux tels que « Last night I dreamed » - elle recherche invariablement à ajuster design et contexte.
Elle démontre également une subtile mais intense palette de couleurs neutres. Pour elle, la couleur n’est pas une affaire de tendances mais de justesse de teinte. « Je crois que la couleur est au moins aussi importante que la forme et l’idée derrière un projet ». Par exemple, « Lawa », un projet en collaboration avec Felix Gieselmann commandé par FLEISCH Magazin parle de lui-même de la couleur. Ensemble ils ont eu l’idée d’une création hors des sentiers battus, dont l’impact visuel prend toute sa force sur media imprimé. « Le mot ‘Lawa’ supposait déjà une association de couleur à laquelle on devait se tenir afin d’appuyer l’idée ».

Always challenging herself to link form and function, Patrycja masters in smart design - wether it comes from questioning cultural backgrounds, technologies that lead her to design the « Holo » lamp, or experimental concepts to be seen in « Last night I dreamed » - she never ceases to seek adjusting her design to its context.
She also demonstrates a subtle yet intense neutral color palette. To her, it’s not about colors’ trends but about finding the right shade. « I believe that the color itself is at least as important as the shape and the idea behind a project ». All these elements must match. For instance, « Lawa », a project created in collaboration with Felix Gieselmann and commissioned by FLEISCH Magazin speaks for itself about color. Together they came up with the idea of doing something out of the box which would have a strong visual impact on a printed media. « And the word ‘Lawa’ already implements a color association that needed to be satisfied in order to underline the idea ».

Pragmatique dans sa création, Patrycja l’est tout autant dans ses propos. Elle ne mâche pas ses mots lorsqu’elle évoque l’une des principales difficultés que rencontrent aujourd’hui les jeunes designers, le tabou qui entoure l’aspect financier du design. « En tant que jeune designer, les gens autour de vous s’attendent toujours à ce que vous soyez reconnaissant d’avoir un objet en production, de pouvoir faire une contribution à un magazine ou encore de pouvoir créer une pièce pour un musée. Cette attitude est réellement problématique parce qu’au final l’aspect financier est lui aussi une sorte d’appréciation du véritable travail qu’est celui de designer produit ».
Sa voix se fait sans doute entendre, puisqu’elle travaille actuellement à la conception de son exposition solo au MAK Wien. Si vous êtes tentés par un voyage à Vienne afin de découvrir son travail, elle recommande un arrêt au « Disco Volante » pour une pizza mais aussi pour admirer son architecture intérieure décalée.

Comme elle le dit, « Baba »! (ndlr: salut!)

 

 

 

 

 

Pragmatic in her creation, Patrycja is equally consistent when it comes to not mincing her words, talking without shyness about one of today’s main issue for young designers. Speaking truthfully about the taboo and global denial surrounding the financial aspect of design, she says: « As a young designer its often the case that people expect you to be thankful that you get something into production, or that you can make a contribution to a magazine or that you are allowed to design a piece for a museum. This attitude is a real issue…because in the end the financial part is also a kind of appreciation and being product designer is a real job ».
There’s no doubt that her voice is being heard, as she is now working on a solo exhibition at the MAK Wien. So if you ever fancy a trip to Vienna to have a look at her show, she recommends you to stop by « Disco Volante » for a pizza and to check out the super fun interior design.

As she said, « Baba » ! (editor’s note: bye!)


La sélection artistique de Patrycja
Ana Popescu (visual artist)
Tanja Lightfoot (product designer)
Fabienne Feltus (graphic designer & illustrator)

Patrycja’s top artistic picks
Ana Popescu (visual artist)
Tanja Lightfoot (product designer) 
Fabienne Feltus (graphic designer & illustrator)


http://patrycjadomanska.com/

 

CREDITS
Product design © Patrycja Domanska
Portraits © Tina Herzl © Tata Schmidt
Interview & editing © Justine & Kim, Jake Studio